Nous, acteurs et actrices de la politique de la ville, membres du réseau IRDSU partout en France, chercheurs et chercheuses, universitaires, journalistes, élu·es, rassemblés à Marseille les 25 et 26 juin 2026, invitons le monde à poser un regard neuf sur les quartiers populaires.
Nous appelons à les reconnaître, enfin, pour ce qu’ils sont : un terreau fertile pour l’art et l’innovation sociale, un laboratoire grandeur nature de pratiques solidaires et créatives, un foisonnant réservoir de talents. En somme, des ressources inestimables. Ce manifeste a été co-construit avec celles et ceux qui s’engagent au quotidien, avec les habitant·es, au cœur des quartiers prioritaires.
Ils ne sont pas des territoires à accompagner. Ils sont le monde.
À Marseille comme ailleurs, les quartiers font éclore des tendances qui irriguent le territoire français et influencent le monde. Culture, musique, sport, gastronomie, entrepreneuriat : la richesse des quartiers contribue depuis longtemps, et sans conteste, au rayonnement international de la France. Pourtant, ce que « la marge » invente, « le centre » l’adopte, sans presque jamais en reconnaître l’origine.
Ce qui existe ici mérite d’être raconté, soutenu, partagé, répliqué.
Le temps n’est plus au seul constat, mais à la valorisation de ce qui existe.
Dans une période inédite de forte incertitude économique, politique, sociétale et écologique, nous avons, plus que jamais, besoin de soutenir et de multiplier les initiatives positives et utiles qui améliorent la vie des gens.Des réseaux féminins d’entraide plus structurés, des groupements citoyens pour mieux s’alimenter à prix abordables, des jardins partagés qui redonnent vie à des friches, des épiceries solidaires, des centres culturels pour la jeunesse… Toutes ces actions sont indispensables pour rapprocher, faire circuler les idées, réinventer et faire émerger les innovations sociales.
Nous demandons la reconnaissance de ce qui existe déjà, et les moyens de l’amplifier.
Financements, locaux, formation : les associations et les acteurs et actrices de terrain ont besoin qu’on leur fasse confiance et qu’on leur donne les moyens de la durée, pas seulement ceux de l’urgence.
Les habitant·es souhaitent être associé·es à la construction de ce qui les concerne, à partir de ce qu’ils et elles vivent et de ce qu’ils et elles portent déjà. C’est notre conviction : faire sans les habitant·es, ce serait faire contre eux.
Nous nous adressons à celles et ceux qui ont le pouvoir de faire changer le regard.
Une autre ville est possible, et votre concours est essentiel pour la faire advenir.
Aux décideurs, décideuses et élu·es : intéressez-vous aux quartiers, prenez conscience de toute leur richesse et faites-la fructifier.
Aux médias : vous façonnez l’imaginaire collectif, et vous le savez. Prenez-en la mesure. Libérez-vous des clichés et racontez nos quartiers pour ce qu’ils sont, et non pour ce qu’on en a toujours dit.
Enfin, à nous-mêmes, professionnel·les de la politique de la ville : c’est à nous qu’il revient de porter ce message et de montrer tout ce que les quartiers ont à offrir.
Loin des caricatures, inventons ensemble le monde de demain.
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