Cet hiver, pendant trois semaines, je n'ai pas pu délivrer d'amoxicilline pédiatrique à des parents dont l'enfant avait une otite. Ce n'est pas un cas isolé : paracétamol, corticoïdes, certains anticancéreux, certains anesthésiants — la liste des pénuries s'allonge chaque année dans mon officine à Brive-la-Gaillarde, et dans des milliers d'autres partout en France.
Une dépendance documentée depuis des années
La raison est connue et documentée par l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) elle-même : une très large majorité des principes actifs utilisés en France sont aujourd'hui fabriqués hors d'Europe, principalement en Inde et en Chine. Un incident dans une seule usine à l'autre bout du monde, et c'est toute une chaîne de soins qui se grippe chez nous, sans alternative de repli rapide.
Depuis la crise sanitaire, les annonces de relocalisation se multiplient : plans nationaux, appels à projets, aides à l'investissement. Sur le terrain, dans mon officine, presque rien n'a changé pour les molécules les plus anciennes et les moins rentables — précisément celles qui manquent le plus souvent, parce qu'elles ne sont plus assez lucratives pour justifier un site de production européen.
Ce que nous demandons
- La publication d'une liste précise et priorisée des molécules jugées stratégiques pour la santé publique
- Un calendrier public de construction ou de réouverture de sites de production en France ou en Europe pour ces molécules
- Un mécanisme de stock stratégique national, sur le modèle du stock pétrolier, pour les traitements essentiels de l'enfance et des maladies chroniques
- Un prix plancher garanti pour les médicaments matures indispensables, afin de rendre leur production de nouveau rentable en Europe
- Une information obligatoire et rapide des pharmaciens en cas de risque de rupture, pour anticiper plutôt que subir
La santé de nos patients ne peut pas dépendre d'une usine à 8000 kilomètres. Signez pour que la relocalisation des médicaments essentiels devienne enfin une priorité budgétaire, pas un slogan répété chaque hiver.
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