Appel à signer - Lettre ouverte de soutien à l'Ecole de Clerheid

Destinataire(s) : Justice – Délégué général aux droits de l'enfant - Pouvoirs publics – Autorités compétentes
Appel à signer - Lettre ouverte de soutien à l'Ecole de Clerheid

Amies, Amis de l’École de Clerheid

Ceci n'est pas une initiative de l’École de Clerheid

mais d'amis et de personnes qui souhaitent lui apporter son soutien.

 

ATTENTION - LORS DE LA SIGNATURE, DANS LE CHAMP "Je signe parce que", INDIQUEZ SI VOUS ÊTES :

1.Ancien de l'école (élève ou stagiaire) 2.Parent ou grand-Parent 3.Citoyen en soutien 4.Professionnel, éducateur, travailleur social 5.Professeur, chercheur 6.Association ou pédagogue spécialisé dans le développement des enfants 7.Autre (à préciser)


A QUI DE DROIT

Cette lettre ouverte est une prise de parole publique sur les récentes accusations relayées par les médias concernant le fondateur de l’École de Clerheid. En signant cette pétition, nous, anciens stagiaires, anciens élèves, parents et soutiens de l’École de Clerheid, nous déclarons co-signer le texte ci-dessous en approuvant pleinement les réflexions qu'il initie. 

Nous appelons les autorités à instruire les faits avec rigueur, sans pression médiatique, dans le respect de la justice et des personnes. Nous demandons que l’on protège aussi ce lieu, qui demeure pour tant d’enfants un espace d’accueil, de sécurité, et d’éveil. 



LETTRE OUVERTE

De récentes accusations de « faits de mœurs » ont été relayées dans les médias à l’égard du fondateur de l’École de Clerheid. Un espace qui accueille grâce à lui depuis 40 années des milliers d’enfants, qui sont pour beaucoup devenus des adultes comme nous. Si nous prenons la parole aujourd’hui, c’est parce que d’une façon ou d’une autre ce lieu a contribué à notre épanouissement, à notre équilibre et à notre bien-être actuel, mais aussi parce que nous avons grandi à ses côtés, qu’il nous a témoigné son amour dans sa forme la plus généreuse et que nous pensons que cette générosité est incomprise.

L’École de Clerheid est un lieu d’éducation à l’émerveillement, au respect de la vie et de ce qui permet la vie, qui cherche à favoriser l’apprentissage de la solidarité, de l’ouverture à l’autre, et de la paix, en cherchant à éveiller à faire bon usage de la liberté de chacun. Des idées simples mais puissantes, qui sonnent, cristallines, au-dessus du vacarme qui crie à l’inévitable préparation à la guerre et à la fatalité du détricotage de tout ce qui permet la solidarité. Des idées qui pour certains anciens et anciennes de l’École résonnent encore dans notre quotidien pour nous servir de lanterne en ces temps incertains. Un espace qui accueille toute personne, quelle que soit sa croyance, dans toute la profondeur de ce qu’accueillir veut signifier. 

Nous prenons le pari de réfléchir aux faits relayés par les médias dans cette même perspective.

Il est toujours extrêmement délicat de se prononcer sur un sujet lorsque le discours qui l’entoure n’est construit que sur des sous-entendus troubles, qui font tout à la fois office de procès, de jugement et de condamnation. Images floutées, ralentis, musique lugubre : tout dans la communication médiatique est fait pour construire un contexte d’angoisse. Quelle tristesse de voir notre École, toujours si rayonnante, présentée sous ce regard triste et morbide. Chassons le brouillard et nommons donc les choses comme les médias n’osent pas le faire. Faisons comme à l’École de Clerheid : ouvrons le débat et éveillons notre esprit critique pour regarder de quoi il est question.

Derrière l’idée de « mœurs » et cette politique du sous-entendu, ce dont est en fait soupçonné cet homme c’est d’avoir eu des comportements sexuels déviants à l’égard de jeunes garçons. C’est une question d’une très grande importance dans notre société, puisque nombreux ont été les enfants victimes de cette terrible projection concrétisée de l’adulte sur l’enfant, et qu’il s’agit de traiter avec le plus de sérieux.

Pourtant, ce que les faits évoqués amènent comme question – tout à fait légitime mais tout aussi complexe – est la suivante : comment devons-nous nous comporter avec les enfants ? On ne peut pas aborder l’une de ces questions en la confondant avec l’autre : la première est de l’ordre du crime et de la déviance, la seconde de l’ordre du pédagogique, et est à ce titre réfléchie par de nombreux auteurs, autrices et pédagogues, dont l’équipe de l’École fait partie. Confondre les deux nous prive de toute possibilité de débat, c’est pourquoi nous les délimitons ici avant toute autre chose.

Les faits relatés sont somme toute banals pour quiconque a fréquenté l’École de Clerheid : un enfant malade a reçu un médicament homéopathique et s’est installé dans la roulotte (qui comporte de multiples couchettes), toujours ouverte et prévue à cet effet pour être un espace sécurisé pour les enfants en difficulté quelconque (peur de la nuit, absence des parents, maladie, etc.). Notons au passage que c’est tantôt le fondateur, tantôt un autre membre de l’équipe qui y veille. Le décor est donc installé : un homme d’un âge relatif est seul dans une roulotte, la nuit, avec un enfant à qui il donne un mystérieux médicament. C’est alors que commence le récit des fantasmes qu’il s’agira pour nous de déconstruire, un par un, avec le désagréable sentiment de marcher sur un fil ténu au-dessus d’une foule qui demande le sang de la justice populaire. Car ce fait presque commun dans le quotidien de l’École, qui n’a jamais été chargé de la moindre éventualité de ce qui est désormais scénarisé ici, se transforme et se tord, sous l’effet d’un regard maintenant affolé, en une psychose où chacun peut y voir un prédateur déviant.

Ledit « directeur » est donc un homme relativement âgé. Puisque beaucoup de comportements violents de la part d’hommes ont contribué à construire cette représentation, celui qui a construit de ses mains (et celles de beaucoup d’autres) et avec son cœur cet espace de liberté doit se justifier de la charge d’une masculinité violente, dont la sexualité irrépressible serait par « nature » débridée. S’y ajoute cette lugubre idée que c’est dans la nuit que le crime se commet, charriant là aussi son lot de clichés alarmants. Qu’en serait-il allé si cette nuit-là, c’était une femme membre de l’équipe qui avait accompagné cet enfant vers le sommeil ? Qu’en serait-il allé si c’était elle qui prenait sur ses genoux les enfants, pour leur dire qu’elle les aime ? Un homme a-t-il la possibilité de dire à enfant qu’il l’aime et lui témoigner de la tendresse sans que son discours soit associé à la sexualité ? Qui sexualise quoi dans cette histoire ?

Dans les médias nous avons pu lire que cet homme aurait secrètement dit à un enfant qu’il l’aimait, et que ce secret devait être conservé. Permettez-nous ici de lever tout soupçon, de faire tomber toute rumeur sur ces non-dits rampants : l’amour de cet homme pour les enfants n’est un secret pour personne. Il le clame tous les jours, haut et fort, puisqu’il est au cœur du projet qu’il bâtit jour après jour. Et ce soi-disant secret, il le partage quotidiennement lors du « briefing des animateurs », un moment dédié où nous construisons ensemble le cadre des activités, et lors desquels il insiste : selon lui, ce dont l’enfant a besoin, c’est la certitude d’être aimé et la possibilité de pouvoir vivre une seconde de bonheur commun.

Risquons-nous à faire de l’amour, ce si grand sentiment, une proposition un peu plus élaborée que celle qui est proposée ici : celle de la reconnaissance généreuse et inaliénable de la beauté, de la richesse et de la légitimité de l’existence de l’autre, quel qu’il ou elle soit. Cette perspective ne doit pas être confondue avec le désir et la sexualité des adultes.

Suspecter le fondateur de l’École parce qu’il aime les enfants et qu’il nomme cet amour, c’est confondre l’amour avec la sexualité.

Il y a ici une évidence qu’il s’agit de ne pas oublier : l’enfant possède un espace dont il faut respecter les limites. Ces limites sont mouvantes, varient d’un enfant à l’autre, et sont probablement en grande partie construites par le cadre familial et culturel dans lequel il évolue : familles tactiles où les câlins sont courants et où les mots d’amour s’échangent, ou familles à distance des corps, plus pudiques mais pas moins aimantes. Face aux spécificités de chaque enfant, il est inévitable que les gestes de cet homme, comme ceux de toute autre personne, ne conviennent parfois pas à certains enfants (ou à certains parents). Mais y voir une agression sexuelle relève au mieux du délire, au pire du mensonge, et y comprendre l’expression d’une pulsion sexuelle relève de la perversité. Focaliser le débat sur cette inadéquation, c’est oublier que des milliers de personnes comme nous font confiance à toute l’équipe de l’École de Clerheid et au projet qu’elle porte, précisément parce qu’il s’inscrit dans cette perspective d’amour.

Nous regrettons que ces enfants et ces parents aient été troublés par une attitude certes peu commune. Sans rien retirer de la validité de cette expérience subjective, nous souhaitons apporter l’éclairage de notre expérience subjective : celle du bonheur d’avoir pu grandir en partie dans le cadre qu’offre l’École de Clerheid et son équipe au complet. Nous avons confiance en l’équipe de l’École pour s’ouvrir et répondre aux questionnements qui sont soulevés ici, en toute transparence. L’École de Clerheid n’a jamais rien eu à cacher et n’a jamais entretenu la culture du secret. Nous faisons confiance dans leur grande capacité d’ouverture pour entendre, comprendre et apprendre de cette expérience afin de construire un projet encore plus juste pour les enfants. Entrer ouvertement dans cette riche discussion implique cependant comme préalable de lever les graves soupçons qui sont évoqués ici.

Le sens de ce texte n’est pas de faire taire, ni de blanchir, mais de faire réfléchir. Si des enfants, parfois devenus adultes, doivent prendre la parole pour dénoncer des abus, nous les invitons à le faire en toute liberté et en toute sincérité, car cela relève de la plus haute importance. Nous avons la conviction intime qu’il n’y en aura aucun. Dans ce pari nous mettons nos lanternes en jeu et prenons le risque qu’elles se brisent sur nos certitudes. Il ferait alors bien sombre et froid.

Ce n’est pas la première fois que le fondateur de l’École de Clerheid, entouré depuis toujours par des milliers de témoins, prend un enfant dans ses bras pour lui crier qu’il est « le plus bel enfant du monde ! », dans un échange de sourires radieux. Nous espérons surtout que ce ne sera pas la dernière fois. Condamner le message d’amour et de beauté de cet homme et de l’équipe, c’est condamner le projet de l’École de Clerheid, qui a permis à des milliers d’enfants comme nous, parfois en souffrance, de trouver un espace de sécurité, d’accueil et d’amour indéfectible, dans toute la profondeur de ce que cela signifie.

(Ce texte a été écrit par Nathan Rener, 32 ans, travailleur social et socio-anthropologue en formation, enfant devenu adulte, qui fréquente l’École depuis près de trente ans et continue d'y être animateur bénévole).

 

Auteur : Nathan Rener

<% $t("Number of signatures:") %>

En signant la pétition j'accepte que Les Lignes Bougent traite mes données à des fins de gestion des signatures et des commentaires. J'accepte également d'être informé(e) des actions citoyennes initiées via Les Lignes Bougent. Pour en savoir plus sur ces traitements et sur mes droits, je consulte la politique de confidentialité. Tout commentaire doit respecter la charte des contenus de la communauté LLB. Lire la charte.
<% $t("Hour") %> <% $t("Postal Code") %> Nom
<% signature.lapse %> <% signature.details.postalCode %> <% signature.details.name %> <%signature.details.surname %>

Commentaires