Cloches, coqs, tracteurs : protégeons les traditions sonores de nos campagnes rurales

Destinataire(s) : Ministre de la Culture
Cloches, coqs, tracteurs : protégeons les traditions sonores de nos campagnes rurales

Notre clocher sonne les heures depuis le XVIIe siècle. Toute ma vie, je me suis réglée sur ces cloches pour savoir quand rentrer déjeuner — comme mes parents, et les leurs avant eux, dans notre village de 310 habitants au cœur du Cantal.

Un tribunal, un jugement, une inquiétude

Il y a six mois, un couple s'est installé dans l'ancienne grange voisine et a déposé une plainte pour nuisance sonore contre la commune. Le tribunal, en première instance, leur a donné raison, invoquant le trouble anormal de voisinage. Nous avons fait appel, mais l'inquiétude s'est répandue dans tout le village : et si demain, chaque coq, chaque cloche, chaque tracteur matinal pouvait faire l'objet d'une plainte gagnante ?

Ce n'est pas un cas isolé. D'autres communes rurales, en Bretagne, en Provence, dans le Sud-Ouest, ont connu des procédures similaires ces dernières années — parfois pour un coq, parfois pour des cloches, parfois pour l'odeur d'un élevage installé depuis toujours.

Je comprends qu'on vienne chercher le calme à la campagne. Mais le calme de nos villages, ce sont justement ces cloches, ce coq qui chante à l'aube, ce tracteur qui passe tôt le matin. Ce n'est pas une nuisance. C'est notre vie, telle qu'elle a toujours été — bien avant que quiconque n'achète une maison ici.

Ce que nous demandons

  1. L'inscription claire dans la loi du principe de "patrimoine sensoriel rural" pour protéger les sons et usages traditionnels des campagnes
  2. Une présomption favorable aux usages antérieurs en cas de conflit de voisinage, sauf abus manifeste
  3. La généralisation, avant toute vente immobilière en zone rurale, d'une information obligatoire sur l'environnement sonore et agricole du secteur

Lettre ouverte à Madame la Ministre de la Culture,

Nos clochers ne sont pas des nuisances à faire taire au premier procès venu. Ils sont notre patrimoine vivant, celui que l'on entend avant même de le voir. Nous vous demandons de soutenir une évolution législative claire, qui protège durablement le droit des communes rurales à conserver leurs traditions sonores, sans que chaque nouvel arrivant puisse les remettre en cause devant un tribunal.

Veuillez recevoir, Madame la Ministre, l'expression de notre profond attachement à ce patrimoine commun.

Signez pour que nos clochers continuent de sonner, comme ils l'ont toujours fait.

Auteur : Odile Frappier

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