Incendie de Lubrizol : stop à l’enfumage

Adressé à : Pierre-André Durand, Préfet de la région Normandie et Edouard Philippe, Premier Ministre.

Après l’important incendie de l’usine chimique Lubrizol à Rouen le 26 septembre, les autorités multiplient les annonces pour encourager un « retour à la normale ».

Pour autant, ils peinent à convaincre et rassurer.

Malgré l’information comme quoi la qualité de l’air est « habituelle » en ville, les français demeurent inquiets sur les conséquences sanitaires et écologiques de cet accident.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ont raison.

Une qualité de l’air habituelle, ce n’est pas suffisant.

Selon les mots même de la ministre de la Santé Agnès Buzyn, interrogée par BFMTV :

« la ville est clairement polluée »

Et nous ne faisons qu’effleurer les conséquences de ce drame :

lubrizol ville polluée impact santé

Selon Annie Thébaud Mony, directrice de recherche honoraire à l’Inserm et scientifique spécialisée dans les cancers professionnels, l’impact de la toxicité à long terme est très préoccupant.

Son inquiétude est absolument légitime.

Interrogée par l’AFP, elle enchaîne :

« Ce nuage qui est passé au-dessus de Rouen est chargé en poussière hautement toxique au minimum cancérogène »

Et le risque cancérogène existe même pour une exposition de courte durée.

La situation est déjà inquiétante pour la ville de Rouen, mais en tout, ce sont plus de 100 communes qui sont concernées par ces risques.

En effet, l’imposant nuage de fumée long de 22km a déposé de la suie sur les habitations et les champs de multiples communes parfois très éloignées de l’agglomération de Rouen.

Rouen : carte nuage toxique

Carte réalisée par l’Agence Régionale de Santé suite aux signalements des habitants de ces communes

Deux accidents en 7 ans sur ce site, tout simplement scandaleux

En 2013, l’usine de Lubrizol avait déjà été le théâtre d’un accident grave exposant la population rouennaise : une fuite de gaz.

Seulement, elle s’en était sortie sans encombre avec une modeste amende de…. 4 000€.

Ridicule.

Et hop, rebelote ce jeudi, où de nombreux hydrocarbures, additifs d’huile de moteur et déchets toxiques ont brûlés et se sont répandus dans l’atmosphère.

Qu’une telle situation se produise est tout simplement scandaleux.

L’usine était-elle aux normes ?

Respectait-elle les réglementations ?

Y’a-t-il un risque que ces déchets toxiques migrent dans les nappes phréatiques et finissent par empoisonner la population rouennaise à petit feu ?

Autant de questions auxquelles l’Etat n’a pas de réponses.

Une insuffisante règlementation autour des sites SEVESO

Tout se passe comme si tout cela n’était qu’un banal accident.

Sauf que cette usine est classée SEVESO haut, et représente donc un risque pour la population !

Il faut arrêter de se voiler la face.

  1. En France, il existe plus de 1 300 usines classées Seveso, dont 700 en seuil haut.
  • Doit-il vraiment y avoir des activités potentiellement dangereuses à proximité des villes et des riverains?
  1. L’actuel gouvernement a assoupli la réglementations de sites SEVESO. Désormais ces sites n’ont plus besoin d’établir une étude d’impact en cas de travaux si les modifications effectuées ne sont pas considérées comme « notables ». Une classification à discrétion de l’entreprise donc. Et, oh surprise, l’usine de Lubrizol a bénéficié de deux autorisations d’augmentation de stockage cette année sans évaluation environnementale préalable.
  • Est-ce normal que ce gouvernement soit de plus en plus laxiste sur les réglementations que doivent respecter des usines chimiques considérées comme dangereuses ?
  1. Il n’y a aujourd’hui que 1 500 inspecteurs chargés d’inspecter les 500 000 installations classées pour l’environnement (ICPE) en France.
  • A quoi servent des normes contraignantes si derrière, l’Etat ne débloque pas les moyens humains et financiers pour vérifier les normes et vérifier les sites ?

Tout se passe comme si la santé et sécurité des citoyens n’était plus une priorité.

On rogne les normes, on devient complaisant avec les entreprises et à un moment… cela nous explose à la figure, littéralement.

Le gouvernement doit être mis face à ses responsabilités.

Cela ne peut plus durer.

Une enquête sur les origines de l’incendie est ouverte. Elle ne suffit pas.

Nous exigeons :

– l’ouverture d’une enquête sanitaire et sociale sur les conséquences de cet incendie ;
– le renforcement des contrôles pour les sites classés SEVESO ;
– l’interdiction de nouvelles implantations de ces sites près des agglomérations ;
– une meilleure formation de la population, pour qu’elle puisse être à même de réagir en cas de nouvelle catastrophe de ce type.

Le principe de précaution doit primer.

Nous ne pouvons plus nous laisser empoisonner sans réagir. Si nous laissons cet incident filer sans exiger que les choses changent, alors nous ne serons plus à l’abri que l’histoire se répète, à Lyon, Marseille, Toulouse etc.

En tout, ce sont 642 sites SEVESO seuil haut qui existent aujourd’hui en France.

L’incendie de Lubrizol n’est qu’un accident parmi les 2 000 autres depuis 13 ans.

Le risque industriel est une réalité.

Nous ne pouvons plus rester les bras croisés tandis aue l’Etat hypothèque notre santé aux industriels.


Auteur : Anthony Charvet

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