Incendie de Lubrizol : stop à l’enfumage

Adressé à : Pierre-André Durand, Préfet de la région Normandie et Edouard Philippe, Premier Ministre.

Un mois après l’incendie de l’usine chimique de Lubrizol le 26 septembre, l’écran de fumée ne s’est pas dissipé.

Les autorités ont multiplié les annonces pour encourager un « retour à la normale »

et sont parvenues à leurs fins : Lubrizol ne fait plus la une de l’actualité.

Mais un mois après la catastrophe les zones d’ombres demeurent

  • D’où est parti l’incendie ?
  • Quels produits ont brûlé ?
  • Quels sont les risques sanitaires pour les populations ?
  • Quels sont les risques de pollution à long terme ?

Autant de questions qui restent sans réponse, après les pantalonnades du gouvernement.

Des fausses notes dans la communication des autorités

Dans les jours qui ont suivi la catastrophe, ministres et préfet se sont succédés dans les médias pour affirmer :

  • qu’il n’y avait « aucun risque »
  • que la fumée était « toxique mais pas trop »
  • ou les odeurs « gênantes mais pas toxiques »

Mais les faits ont démenti leurs propos…

9 505 tonnes de produits chimiques ont brûlé : quelles conséquences ?

Pendant qu’ils disaient tout et son contraire :

  • Il pleuvait de la suie noire chargée de particules toxiques sur toute la région,
  • Et des milliers d’habitants de Rouen étaient pris de malaises et de nausées !

Près de 10 000 tonnes de produits chimiques dangereux ont brûlé et dégagé des déchets toxiques dans l’atmosphère.

Mais il faut aussi ajouter l’énorme toiture en amiante cancérigène plus les peintures au plomb qui ont produit des émissions nocives.

Malgré les propos rassurants des autorités et des “experts”, les Français demeurent inquiets sur les conséquences sanitaires et écologiques de cet accident.

Et ils ont bien raison !

Certains experts ont pourtant cherché à nous alerter

« Ce nuage qui est passé au-dessus de Rouen est chargé en poussière hautement toxique au minimum cancérogène » [1]

Annie Thébaud Mony, directrice de recherche honoraire à l’Inserm, 28 septembre

« Il est très largement peu crédible que les communications de la préfecture soient la représentation de la réalité. Il y a certainement bien plus que ça et des dangers réels » [2]

Frédéric Poitou, ingénieur chimiste interrogé sur BFM TV, 1er octobre

Mme Thébaud Mony est spécialisée dans les cancers professionnels, donc quand elle affirme que l’impact de la toxicité à long terme est très préoccupant, il y a de quoi s’inquiéter.

Mais sans aller si loin, saviez-vous que des particules d’hydrocarbure ont été décelés dans du lait maternel de 9 mères rouennaises tout récemment ?

Ce qui se passe est grave, et l’Etat ne fait rien.

Leur but : rassurer pour mieux reprendre le contrôle

Les Autorités se contredisent dans tous les sens.

Leur priorité est de minimiser, nier, enterrer, tant elles craignent un mouvement général de panique.

Pour autant, ils peinent à convaincre et rassurer.

Et pour cause : à force de multiplier les déclarations à l’emporte-pièce ils se sont décrédibilisés.

Pire : un climat de défiance s’est installé.

Il n’y a aucune confiance, aucune sincérité.

Partout, le mensonge, les magouilles, et le moins qu’on puisse dire est que les grands médias sont complices.

Nous sommes tous concernés

La situation est déjà inquiétante pour la ville de Rouen, mais en tout, ce sont plus de 100 communes qui sont concernées par ces risques.

En effet, l’imposant nuage de fumée long de 22km a déposé de la suie sur les habitations et les champs de multiples communes parfois très éloignées de l’agglomération de Rouen.

carte réalisée par l'Agence Régionale de Santé suite aux signalements des habitants de ces communes

Et au-delà de cet événement c’est un système qui est mis en défaut.

Des antécédents qui auraient dû alerter

Saviez-vous que le site de Rouen avait déjà connu un incident majeur en 1974 ? [3]

Et un autre en 1989 ?

Et l’incendie du 21 janvier 2013 ayant généré un nuage nauséabond sur toute la région, vous étiez au courant ?

Non ?

Bon au moins vous aviez entendu parler de l’incident survenu en 2015, qui a motivé la mise en place d’un barrage sur la Seine ?

Toujours pas ?

Alors peut-être avez-vous eu vent de cet autre incendie qui a eu lieu le 3 septembre dans un autre site Lubrizol (à Oudalle, près du Havre), 3 semaines seulement avant le grand incendie de Rouen ? [4]

Bien sûr que non.

Car aucun grand média n’a cherché ni relayé cette info, qui me paraît pourtant capitale !

Ça ne vous rappelle rien ?

Un Etat qui ment au détriment de la santé de ses concitoyens…

Un Etat qui minimise l’impact d’une catastrophe industrielle…

Moi je pense à Tchernobyl.

Moi je pense à AZF.

Moi je pense à toutes ces catastrophes étouffées qui se répètent encore et encore.

Certes on est loin de l’ampleur de la catastrophe nucléaire soviétique.

Mais le mécanisme est exactement le même !

Ce ne sont pas leurs enfants qui sont touchés, alors ils s’en moquent !

Mais je ne peux m’empêcher de repenser à la déclaration de cette mère désemparée :

« À quoi j’expose ma petite ? A quoi l’État l’expose ? Toutes ces questions me polluent le crâne. Il nous faut des réponses convaincantes. Il ne faut pas nous endormir. La vie ne doit pas reprendre son cours aussi facilement. »  [5]

Il nous faut des réponses, et des actes

  • L’usine était-elle aux normes ?
  • Respectait-elle les réglementations ?
  • Y’a-t-il un risque que ces déchets toxiques migrent dans les nappes phréatiques et finissent par empoisonner la population rouennaise à petit feu ?

Autant de questions auxquelles l’Etat n’a pas de réponses.

« Là il y a un vrai sujet, qui dépasse du reste Lubrizol, qui est un sujet de gestion de nos installations classées (Seveso) » concède Corinne Lepage, ex-ministre de l’environnement. [2]

C’est le moins que l’on puisse dire Madame…

Une insuffisante réglementation autour des sites SEVESO

Il faut arrêter de se voiler la face.

Il existe plus de 1 300 usines classées Seveso sur tout le territoire, dont 700 en seuil haut. [6]

Doit-il vraiment y avoir des activités potentiellement dangereuses à proximité des villes et des riverains ?

Il n’y a aujourd’hui que 1 500 inspecteurs chargés d’inspecter les 500 000 installations classées pour l’environnement (ICPE) en France…

À quoi servent des normes contraignantes si derrière, l’Etat ne débloque pas les moyens humains et financiers pour vérifier les normes et vérifier les sites ?

Les autorités mises en cause

L’actuel gouvernement a assoupli la réglementation des sites SEVESO.

  • Juin 2018 : des décrets sont publiés avec pour effet d’assouplir les critères de soumission à l’évaluation environnementale des sites classés Seveso
  • Août 2018 : loi Essoc qui retire ces évaluations à l’autorité environnementale indépendante pour la remettre au préfet
  • Janvier et juin 2019 : autorisation d’extension des espaces de stockage à Lubrizol par le préfet, avec des milliers de tonnes de produits toxiques en plus sans étude de danger ni évaluation environnementale.

« Le détail des augmentations de capacité obtenues en douce (avec la bénédiction du préfet) pour entasser de nouvelles saletés est vertigineux. »  [7]

Tout se passe comme si la santé et sécurité des citoyens n’était plus une priorité

La vie de quelques contribuables compte moins que la stabilité de leur petit système, voilà mon sentiment.

  • Est-ce pour protéger un secteur hautement stratégique pour la France ?
  • S’agit-il de magouilles de la part du préfet que le gouvernement chercherait à étouffer ?
  • Est-ce par cynisme, pour protéger leurs carrières avant l’intérêt des Français ?
  • Ou simplement par pure inconséquence, bêtise, incurie ?

L’enquête tranchera (enfin, si elle n’est pas entravée, comme pour AZF…). [8]

Les Français en quête de vérité

L’enquête, elle, est au point mort.

Elle a initialement été confiée au parquet de Rouen mais celui-ci s’en est dessaisi au profit du pôle de Santé Publique du parquet de Paris. [9]

L’Etat a par ailleurs annoncé la mise en place d’une enquête de santé dans 215 communes il y a 2 semaines.

Une enquête sur les origines de l’incendie est aussi ouverte.

Elle ne suffit pas.

Quand les résultats tomberont, il sera trop tard

Ils auront noyé le poisson, et nous aurons oublié.

Pour AZF il a fallu 16 ans pour avoir le fin mot de l’histoire.

Ce n’est qu’au début des années 2000 que le mythe du nuage radioactif s’arrêtant à la frontière a été officiellement éventé.

Quand aurons-nous le fin mot pour Lubrizol ?

Nous exigeons :

  • L’ouverture d’une enquête sanitaire INDÉPENDANTE sur les conséquences de cet incendie
  • Le renforcement des contrôles stricts pour les sites classés Seveso
  • L’interdiction de nouvelles implantations de ces sites près des agglomérations
  • Une meilleure information de la population, pour qu’elle puisse être à même de réagir en cas de nouvelle catastrophe de ce type.
  • Le respect du principe de précaution pour notre santé à tous.

Nous ne pouvons plus nous laisser empoisonner sans réagir.

Si nous laissons cet incident passer sans exiger que les choses changent, alors nous ne serons plus à l’abri que l’histoire se répète, à Lille, Marseille, Toulouse ou Strasbourg.

Le risque industriel est une réalité.

Nous ne pouvons plus rester les bras croisés tandis que l’Etat hypothèque notre santé.

Car s’il ment pour notre santé, comment lui faire confiance pour nos retraites, nos emplois et tous les grands sujets qui nous concernent ?


Auteur : Frédéric Duval

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