J'ai porté l'uniforme pendant vingt-huit ans. Je sais ce qu'est la sécurité — et je sais aussi ce qu'est la dérive.
Une infrastructure qui s'installe sans débat
Des caméras équipées de reconnaissance faciale s'installent progressivement dans nos gares, nos stades, parfois nos rues commerçantes. Rarement après un vrai débat public. Rarement après un vote clair du Parlement. Presque toujours sous couvert d'une "expérimentation" — comme celle testée lors de grands événements sportifs ces dernières années — qui, discrètement, s'étend et se pérennise.
La Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) elle-même a rappelé à plusieurs reprises que la reconnaissance faciale généralisée dans l'espace public soulève des risques disproportionnés pour les libertés individuelles, et qu'elle ne devrait être déployée qu'à titre exceptionnel, encadrée par la loi, et non par simple arrêté préfectoral ou décision municipale.
Au Royaume-Uni, pays le plus vidéosurveillé d'Europe, plusieurs rapports parlementaires ont depuis reconnu que la multiplication des caméras n'avait pas produit la baisse de délinquance promise, mais avait considérablement banalisé la surveillance de masse comme mode de gestion de l'espace public. Nous ne voulons pas suivre ce chemin sans même en avoir débattu.
Le piège de l'infrastructure permanente
On nous dit que c'est pour lutter contre le terrorisme, ou les pickpockets. Mais une fois l'infrastructure installée — les caméras posées, les logiciels achetés, les bases de données constituées — qui garantit qu'elle ne servira jamais à autre chose ? Aucune démocratie occidentale n'a, à ce jour, démantelé un outil de surveillance de masse une fois qu'il existait. On l'a, au contraire, systématiquement étendu, réutilisé, parfois détourné de son objet initial.
Ce que nous demandons
- Un débat et un vote explicite au Parlement avant tout déploiement de biométrie dans l'espace public
- Une limitation stricte dans le temps de chaque autorisation, avec réévaluation obligatoire
- Un contrôle indépendant réel, doté de moyens d'enquête, et non une simple consultation de la CNIL
- La publication annuelle de la liste complète des dispositifs déployés, commune par commune
- L'interdiction de toute utilisation à des fins autres que celles explicitement votées
La liberté de circuler sans être identifié en permanence n'est pas un détail technique. C'est un droit fondamental. Voulons-nous vraiment que ce soit, demain, un souvenir plutôt qu'un droit ? Signez pour que la biométrie reste l'exception, et non la norme silencieuse de nos villes.
Commentaires