POLLUANTS ÉTERNELS — MÊME VOS ŒUFS N'Y ÉCHAPPENT PLUS

Destinataire(s) : Monique Barbut, ministre de la Transition écologique
POLLUANTS ÉTERNELS — MÊME VOS ŒUFS N'Y ÉCHAPPENT PLUS

Vous achetez des œufs de plein air. Peut-être même bio. Vous les payez plus cher, parce que vous pensez offrir ce qu'il y a de meilleur à votre famille.

Ce que personne ne vous a dit, c'est que ce sont précisément ces œufs-là, ceux des poules qui vivent dehors, qui sont les plus exposés aux « polluants éternels »¹.

Les PFAS. Des substances chimiques indestructibles, associées au cancer du rein et du testicule, à l'excès de cholestérol, à l'affaiblissement des défenses immunitaires des enfants, à des troubles de la thyroïde et de la fertilité² ³.

Et voici le plus révoltant.

La loi européenne autorise la vente d'un œuf contenant assez de PFAS pour faire dépasser, à lui seul, la dose que les autorités sanitaires jugent tolérable pour un enfant de 4 ans… pour toute une semaine⁴.

Un seul œuf. Parfaitement légal.

Pour un adulte, la limite est franchie dès le troisième œuf⁴. Or chaque Français mange en moyenne 237 œufs par an : plus de quatre par semaine⁵.

Comment en est-on arrivé là ? Parce que ces seuils n'ont pas été fixés pour protéger votre santé. Ils ont été calés sur les niveaux de contamination déjà observés, de façon à ne retirer du marché que les produits les plus pollués⁴.

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Ce que révèle l'enquête du 6 octobre

Le 6 octobre, la cellule investigation de Radio France et le réseau ICI ont publié les résultats de six mois d'enquête. 91 œufs de poules élevées en plein air, collectés dans toute la France, ont été analysés par un laboratoire public⁶.

52 contenaient des PFAS. 23 dépassaient la limite légale⁶.

La plupart venaient de poulaillers familiaux. Mais pas tous : même parmi les œufs achetés à des producteurs, la limite a été dépassée⁶ ⁷. Les contrôles officiels de 2024 avaient déjà épinglé un élevage de plein air dont les œufs dépassaient le seuil⁸.

Et l'enquête ne cherchait que 4 PFAS. Il en existe des milliers⁶.

Changer d'œufs ? Impossible d'y échapper.

Vous vous dites : je prendrai des œufs d'ailleurs.

Les pays voisins qui contrôlent sérieusement leur alimentation, l'Allemagne, les Pays-Bas, le Danemark, trouvent des PFAS dans près de 4 œufs sur 10⁴. Or la France importe de plus en plus d'œufs : +21 % en 2025, notamment d'Espagne, de Belgique et des Pays-Bas⁹.

Vous changez d'assiette ? D'après les mêmes données officielles, des PFAS sont présents dans 69 % des poissons, 55 % des abats, 23 % des laits⁴. Dans l'eau du robinet, les autorités sanitaires en ont détecté dans environ 9 prélèvements sur 10¹⁰.

Ce n'est plus une question de choix au supermarché. La preuve est dans nos veines : deux de ces polluants ont été retrouvés dans le sang de 100 % des Français testés, enfants compris¹¹. Et selon l'Autorité européenne de sécurité des aliments, une partie de la population européenne dépasse déjà la dose tolérable¹².

On ne peut plus rien manger sans en avaler.

La France détient le triste record mondial du cancer du sein¹³. Personne ne peut dire aujourd'hui quelle part en revient aux polluants éternels, qui figurent parmi les suspects². Mais comment le saurait-on ?

En 2024, l'État a fait analyser 76 œufs pour y chercher des PFAS⁸. Pour plus de 15 milliards produits chaque année⁵.

L'Allemagne surveille les PFAS dans son alimentation depuis 2006. La France a attendu 2024 pour y inclure les œufs⁴.

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Comment les PFAS arrivent dans nos œufs

Le mécanisme est simple. Des usines rejettent des PFAS dans l'eau et dans l'air. Ils retombent sur les sols et s'y accumulent, car rien ne les dégrade.

Une poule de plein air passe sa journée à picorer. Elle avale de la terre, des vers, des insectes, elle boit l'eau. Et elle concentre ces polluants dans ses œufs⁷.

Voilà pourquoi ce sont les œufs « les meilleurs » qui trinquent.

Pourquoi la France ? Le scandale porte un nom.

Au sud de Lyon, à Pierre-Bénite, se dresse l'usine Arkema, l'un des géants français de la chimie. Elle fabrique des produits fluorés depuis 1957¹⁴.

En 2022, une enquête de France 2 révèle ses rejets dans le Rhône. D'après les services de l'État, Arkema rejette alors 3,5 tonnes de PFAS par an dans le fleuve¹⁵.

Résultat : dans 17 communes alentour, les autorités ont recommandé de ne plus manger les œufs des poulaillers ni le poisson pêché en aval¹⁶. Et l'enquête du 6 octobre a encore relevé à Pierre-Bénite des œufs près de dix fois au-dessus de la limite⁶.

Arkema n'a cessé d'utiliser son principal PFAS qu'à la fin de 2024, sur ordre de la préfecture¹⁷. Mais ce qui a été rejeté pendant des décennies ne partira plus. La dépollution du sud de Lyon est estimée à 2 milliards d'euros sur vingt ans¹⁸.

Qui va payer ?

En janvier 2026, 192 riverains ont assigné Arkema et son voisin Daikin en justice. Le groupe conteste et affirme respecter la réglementation¹⁹.

Respecter la réglementation : c'est bien là tout le problème. Pendant des décennies, rejeter des tonnes de PFAS dans un fleuve était parfaitement légal. Et aujourd'hui encore, l'objectif officiel est seulement de « tendre vers » la fin des rejets industriels… d'ici 2030²⁰.

Quatre ans de plus. Pour des polluants qui ne disparaissent jamais.

Ce que nous exigeons

Nous ne demandons pas d'interdire les œufs. Nous demandons qu'on arrête de les contaminer à la source.

  1. Zéro rejet industriel de PFAS, dans l'eau comme dans l'air, sans attendre 2030.

  2. Que les pollueurs paient, à commencer par Arkema : dépollution, analyses des sols et des œufs, indemnisation des victimes. Pas les contribuables. Pas les familles.

  3. Une vraie surveillance de nos assiettes, avec des résultats publics, et des normes fixées pour protéger notre santé, pas les ventes.

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POLLUANTS ÉTERNELS : FAITES PAYER LES POLLUEURS, PAS NOS ASSIETTES

Adressée à : Madame Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature ; Madame Annie Genevard, ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire ; Madame Stéphanie Rist, ministre de la Santé

Mesdames les Ministres,

Le 6 octobre 2026, une enquête de la cellule investigation de Radio France et du réseau ICI a révélé la présence de PFAS dans 52 des 91 œufs de poules élevées en plein air analysés à travers la France, dont 23 au-delà de la teneur maximale autorisée.

Ces résultats s'ajoutent à des constats déjà connus. Les teneurs maximales fixées par le règlement (UE) 2023/915 permettent la commercialisation d'un œuf dont la seule consommation dépasse la dose hebdomadaire tolérable établie par l'EFSA pour un jeune enfant. Le PFOA et le PFOS sont quantifiés dans le sang de 100 % des Français testés. Et la France n'a intégré les œufs à son plan de contrôle des PFAS qu'en 2024, avec 76 échantillons analysés.

Au sud de Lyon, la plateforme industrielle de Pierre-Bénite illustre le coût de décennies de rejets autorisés : recommandations de non-consommation des œufs et du poisson, dépollution estimée à deux milliards d'euros, contentieux en cours.

Nous ne demandons pas l'interdiction d'un aliment. Nous vous demandons d'agir à la source :

  1. D'interdire sans délai tout rejet industriel de PFAS dans l'eau et dans l'air, sans attendre l'horizon 2030.

  2. D'appliquer pleinement le principe pollueur-payeur : faire financer par les industriels émetteurs, au premier rang desquels les exploitants de la plateforme de Pierre-Bénite, la dépollution, les analyses de sols et d'aliments dans les zones touchées et l'indemnisation des victimes.

  3. De mettre fin à l'épandage sur les terres agricoles de toute boue d'épuration non analysée pour les PFAS, autre voie de contamination directe des sols.

  4. De lancer un véritable plan de surveillance des PFAS dans l'alimentation, avec un nombre de contrôles à la mesure des 15 milliards d'œufs produits chaque année, la recherche de l'ensemble des PFAS mesurables et la publication intégrale des résultats.

  5. De lancer une étude épidémiologique nationale sur le lien entre exposition aux PFAS et cancers, en particulier du sein, du rein et du testicule.

  6. De défendre à Bruxelles la restriction universelle des PFAS avec le moins de dérogations possible, ainsi que des teneurs maximales alimentaires fondées sur la dose tolérable de l'EFSA plutôt que sur les niveaux de contamination observés.

Mesdames les Ministres, aucun Français ne peut aujourd'hui échapper à ces polluants par ses choix de consommation. C'est donc à l'État d'agir là où ils naissent.

Veuillez recevoir, Mesdames les Ministres, l'expression de notre très haute considération.

Auteur : Laurent J.

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