POUR UN PLAN D’URGENCE CLIMATIQUE DURABLE,
« Chaque euro investi en prévention permet d’économiser jusqu’à 3 euros de dommages évités » La Cour des comptes
Mesdames et Messieurs les députés,
Incendies, canicules, sécheresse, inondations : les impacts du changement climatique sont extrêmes. Ils deviennent de plus en plus dangereux pour la santé, pour les écosystèmes, pour les infrastructures et pour les activités économiques. La politique climatique est gravement défaillante. Ce constat est accablant et consternant. Il se retrouve dans un rapport du Haut conseil pour le climat (HCC) publié le 9 juillet 2026 et est vérifié chaque jour cet été par tous les français. Chaleur suffocante, vie invivable dans les bouilloires thermiques, évacuation de plus de 200000 personnes fin juillet, plus de 6000 décès fin juin à la suite de la 2ème canicule, etc… La population est en danger et votre responsabilité est engagée.
La responsabilité des parlementaires est en cause parce que les impacts du dérèglement climatique prévisibles n’ont pas été pris au sérieux. Manifestement les rapports successifs du GIEC ont été ignorés. Créer des cellules de crise, un plan Orsec - chaleurs extrêmes, un plan « endurance » et mobiliser des moyens exceptionnels pour faire face aux incendies ravageurs…, soutenir ces décisions du gouvernement est une évidence. Mais comment une majorité d'entre vous a-t-elle pu accepter :
- De réduire de manière drastique le budget du Fonds vert qui finance la transition écologique des collectivités locales ( de 2,5 milliards à 0,8 milliard d’euros) et celui alloué à MaPrimeRenov’ qui soutient la rénovation des logements des ménages les plus modestes ?
- De voter une loi d’Urgence agricole qui réintroduit des pesticides interdits et revient à remettre en cause la priorité de l’eau potable au profit de son usage agricole ?
- L'arrêt de programmes de recherche sur l’adaptation des logements et des territoires au climat du XXI ème siècle ? …
Les reculs écologiques se multiplient. Ils mènent tout droit aux catastrophes climatiques.
Le déni climatique dominant de la classe politique est insupportable : comment peut-on ignorer la réalité du réchauffement, de son origine humaine et de la nécessité d’agir ? La politique climatique actuelle est défaillante parce que les deux piliers de cette politique ne sont pas traités à la hauteur des enjeux. L’atténuation (la réduction des émissions de gaz à effet de serre qui aggravent le réchauffement global) nécessite de remettre en cause les modes de production et de consommation actuels. Elle ne peut se réduire au développement de l’énergie bas carbone nucléaire, par ailleurs sensible à la sécheresse. Elle pose aussi la question de la sobriété dans les transports, dans le bâtiment, l’alimentation. L’adaptation aux conséquences du réchauffement est trop lente et ne peut pas se limiter à la climatisation des logements à l’exception de ceux des personnes plus exposées aux chaleurs extrêmes. Ces politiques d’atténuation et d’adaptation doivent changer d’échelle, dixit le rapport du HCC.
Nous vous demandons :
- d’agir concrètement sur ces deux leviers par un plan d’urgence climatique pérenne, via une loi de programmation pluriannuelle pour garantir durablement l’affectation de moyens significatifs pour la transition écologique. Tous les domaines de la vie courante doivent être impactés : les conditions de logement, de transport, de travail, de production, de distribution, de consommation… Les études scientifiques (non tributaires des lobbys) et les rapports ne manquent pas (les exemples concrets aussi) pour vous aider à arrêter les orientations nécessaires (cf le rapport du HCC). Il est de votre responsabilité ensuite de voter un budget volontariste (et une règlementation incitative) pour aider les collectivités, les particuliers et les entreprises impliqués dans l’atténuation et (ou) l'adaptation. Le financement d’un tel plan relève d’un courage politique surmontable au regard des coûts de la sécheresse (supérieurs aux 5,6 milliards d’euros de 2022, selon la Ministre de la transition écologique) et ceux liés aux feux de forêts non chiffrés.
- de porter une parole forte sur l’impératif d’une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre pour ne plus ignorer la réalité des défis climatiques actuels. Cette parole est aujourd’hui inaudible alors que nous vivons une sécheresse exceptionnelle. Le domaine agricole, 2ème émetteur (21,1% des émissions) après les transports, est le plus sensible (et le moins avancé) parce qu’il remet en cause le modèle dominant de la production intensive conventionnelle. La France a des ressources agricoles mais ce modèle réduit la biodiversité, épuise les nappes phréatiques et appauvrit les sols. Une autre agriculture est possible pour tous, respectueuse de l’environnement, consacrant plus de terres pour nourrir les hommes que celles destinées aux animaux, et moins émettrice d’émissions de gaz à effet de serre.
- de lutter contre l’injustice climatique renforcée par les adaptations individuelles au détriment de l’adaptation collective. L’action climatique ne peut pas être durable si les plus modestes ne peuvent pas rénover leur logement, utiliser une voiture « propre » et accéder à une alimentation saine.
Mesdames et Messieurs les députés, nous attendons urgemment votre mobilisation.
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