Adressée à Monsieur le Maire et au Conseil municipal de Chambéry
Nous, parents d’élèves des écoles maternelles et élémentaires de Chambéry, demandons à la municipalité de revoir sa politique de restauration scolaire (tarification, réservation, organisation). La cantine est un service public social essentiel — pour beaucoup d’enfants, le seul repas complet et équilibré de la journée. Elle doit rester accessible à toutes les familles, et non être une variable d’ajustement budgétaire ou une simple prestation déléguée à une société privée.
Trois constats nous rassemblent : des tarifs trop élevés, un manque de souplesse devenu inacceptable, et un service confié au privé alors que la Ville possède sa propre cuisine centrale.
1. Des tarifs parmi les plus élevés de France
À Chambéry, le repas atteint 9,40 € pour la tranche supérieure (jusqu’à 14,10 € avec majoration). Nous avons comparé la grille tarifaire officielle de douze villes :
• Chambéry (~60 000 hab.) : 9,40 €
• Grenoble (~158 000 hab.) : 8,75 €
• Annecy (~130 000 hab.) : 8,50 €
• Valence (~65 000 hab.) : 7,20 €
• Villeurbanne (~158 000 hab.) : 6,50 €
• Poitiers (~90 000 hab.) : 6,00 €
• Niort (~58 000 hab.) : 5,98 €
• Quimper (~63 000 hab.) : 5,16 €
• Bourges (~64 000 hab.) : 5,07 €
• Carcassonne (~45 000 hab.) : 4,97 €
• Cholet (~54 000 hab.) : 4,57 €
• Beauvais (~56 000 hab.) : 2,68 €
Chambéry présente le tarif maximum le plus élevé des douze villes étudiées — devant des villes pourtant deux à trois fois plus peuplées comme Grenoble ou Villeurbanne.
Mais l’argument du « tarif solidaire » ne tient pas, car ce n’est pas qu’une affaire de tranche supérieure. Le prix moyen réellement facturé à Chambéry, calculé sur la répartition des repas communiquée par la Ville elle-même, est de 5,38 € par repas. C’est déjà plus que le tarif maximum de cinq villes comparables (Bourges, Carcassonne, Cholet, Quimper, Beauvais). Concrètement, près de deux tiers des repas (63 %) sont facturés à Chambéry plus cher que la tranche la plus élevée de ces communes : la famille chambérienne moyenne paie davantage que la famille la plus aisée de plusieurs villes de taille comparable. Pour une famille médiane, cela représente de l’ordre de 760 € par an et par enfant.
2. Un manque de souplesse inacceptable
Le fonctionnement actuel impose aux familles des contraintes rigides, sans rapport avec la réalité de la vie quotidienne :
— Il faut réserver ou annuler avant le mercredi minuit pour toute la semaine suivante : concrètement, pour un repas du vendredi, la réservation doit être faite près de dix jours à l’avance. (Une évolution est annoncée pour la rentrée 2026 : nous y veillerons.)
— Un certificat médical est systématiquement exigé pour qu’une absence soit remboursée.
— Pire encore : lorsqu’un enseignant est absent et que la Ville demande aux parents de garder leur enfant à la maison, le repas reste tout de même facturé à la famille.
À cela s’ajoutent des majorations (jusqu’à +25 % et +50 %) qui alourdissent encore cette mécanique.
3. Un service confié au privé, alors que la Ville a sa cuisine centrale
La restauration est aujourd’hui déléguée (DSP) à une société privée, tandis que Chambéry dispose d’une cuisine centrale municipale. Nous voulons une gestion locale, ancrée dans le territoire et ses producteurs — pour la qualité, l’emploi local, la réactivité du service et le contrôle démocratique, plutôt qu’une logique de marché.
Nos demandes
Nous demandons à la municipalité des engagements clairs et chiffrés, en priorité sur les points suivants :
1. Réviser la grille tarifaire pour ramener le tarif maximum au niveau des autres communes (de l’ordre de 6 à 7 €) et lisser l’ensemble des tranches.
2. Faire porter cet effort par la Ville, car la cantine scolaire est un service social qui n’a pas à être rentable, et garantir que la subvention municipale suive les coûts, sans les répercuter sur les familles.
3. Engager la sortie de la délégation au privé : s’appuyer sur la cuisine centrale municipale et les producteurs locaux, et rendre publique une étude comparative régie / DSP, assortie d’un calendrier de retour en régie.
Par ailleurs
Nous signalons plusieurs points déjà soulevés auprès de la mairie (en Comité Cuistot, lors des réunions DPE-Mairie et en Conseil municipal), restés sans réponse ou sans réponse complète :
• Redonner de la souplesse aux familles : réservation et annulation jusqu’à la veille ; fin de l’exigence systématique d’un certificat médical, au profit d’une simple attestation signée par l’enseignant ; aucune facturation lorsque l’absence résulte d’une décision de l’institution (enseignant absent, classe fermée) ; suppression ou plafonnement des majorations.
• Mesurer et garantir la qualité sur des bases réelles : afficher la part de bio, de local et de produits bruts ou peu transformés en chiffres réels (volume, fréquence, nombre de composantes) et non en valeur d’achat, qui surévalue le bio — plus cher, il pèse lourd en euros mais peu dans l’assiette ; viser le niveau 3 du label Ecocert (au-delà du niveau 2 actuel) ; rénover et utiliser pleinement la cuisine centrale municipale ; engager une réflexion sur une cuisine centrale à l’échelle de l’agglomération.
• Assurer la transparence sur les tarifs de la restauration : délivrer automatiquement à toutes les familles concernées l’attestation fiscale relative à la part périscolaire de la pause méridienne (crédit d’impôt frais de garde, toujours en vigueur pour les enfants de moins de 6 ans) et justifier le taux de 35 % retenu pour cette part ; publier la décomposition détaillée du coût de revient d’un repas, le coût horaire de l’accueil périscolaire (16,19 €/heure) et l’évolution de la subvention municipale sur dix ans. Un travail de transparence sur le coût du périscolaire est annoncé pour la rentrée 2026 : nous y veillerons.
Notre objectif
Cette démarche n’est ni partisane ni polémique. Elle vise un dialogue constructif et transparent entre la Ville et les familles, dans l’intérêt des enfants : une cantine au prix juste, ancrée dans le territoire et ses producteurs, et réellement au service des familles. Nous demandons à être reçus et entendus.
En signant, je soutiens ces demandes et j’en autorise la transmission à la municipalité.
Commentaires